09.11.2005

L'Apocalypse de notre temps

Noël ! Noël ! Joie dans vos maisons, soleil sur vos joues, vent dans vos cheveux, et autres signes de félcités diverses que je vous souhaite !

La source de ma joie, c'est l'édition à un prix enfin abordable de l'Apocalypse de notre Temps, d'Henri Rollin. Pour 25 euro (euros ? Après tout, c'est un sigle... passons), 800 pages bien tassées, voilà ce que j'appelle acheter au poids, et du bon. Je suppose que cette réédition à prix raisonnable est liée à un certain regain de popularité.

Le Protocole des Sages de Sion fut, à une époque, l'ouvrage le plus vendu après la Bible. Il prétendait donner les plans des juifs pour prendre le contrôle du monde, il est à l'origine de la croyance en un complot judéo-maçonnique. Henri Rollin, en 1939, démontre dans l'Apocalypse que c'est un faux, honteusement pompé sur le Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu. Henri Rollin va plus loin, et raconte l'histoire de ce faux, comment il fut utilisé par l'Allemagne nazie à des fins évidentes de propagande, de quelle manière il a nourri aussi la propagande russe, etc. Un polar succulent qui eût été jouissif s'il n'avait été que fictif.

L'inquiétant, c'est que ce faux, ce Protocole, on recommence à en entendre parler. Les prétendus théoriciens du complot, les fanatiques de tous bords le font sortir de l'ombre. Il est donc urgent de relire Rollin.

Enfin... Ce qui est merdique, dans l'affaire, c'est que ceux qui réutilisent les Protcoles sont tout prêts à reconnaître que c'est un faux, mais "qu'importe qu'il soit faux, puisque ce qu'il dit est vrai". Le triomphe de l'esprit n'est pas pour demain.

Test : L'accélérateur à particules élémentaires ne semble pas fournir de résultats fiables ici, l'objet est trop complexe. C'est écrit sans style, mais précisément, sans fioritures -ce qui vaut mieux, les rares que Rollin se permet sont épouvantablement embirlificotées. Mais l'importance seule de ce livre suffit pour que je lui décerne un 9/10 d'honneur.

PS : On ne juge jamais aussi bien que par soi-même, et Le Dialogue aux Enfers tout comme les Protocoles sont dans le domaine public. Donc, vous pourrez trouver ces textes

Pour Le Dialogue aux Enfers :

http://fr.wikisource.org/wiki/Dialogue_aux_enfers_entre_M...

Pour les Protocoles :

http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Protocoles_des_Sages_de...

04.11.2005

Le Choix de Sophie

Le seul roman de William Styron que j'aie lu, mais je suis prêt à parier que c'est le meilleur. S'il y en a d'autres dans sa bibliographie de cette tenue, ou meilleurs, je ne réponds de rien.

Je l'avais chipé à une collègue prof d'anglais et il m'a immédiatement happé. Il m'a fait passer par toute la palette des émotions, j'ai été tour à tour hilare, ému aux larmes et effrayé. Stephen King ferait bien de méditer certains passages de ce roman, infiniment plus angoissants, plus terribles que ce qu'il a pu écrire. C'est magistralement écrit, ce qui ne gâte rien.

Pour en dire aussi peu que possible, Sophie est une survivante des camps. Nathan, son jules, est tour à tour le meilleur des hommes ou la pire des brutes, et Stingo, le narrateur, écrivain en herbe, regarde ce couple osciller entre l'extase et la déchirure.

Ce roman m'a tellement marqué que j'ai appris avec une réelle surprise que certaines personnes le vouaient à la géhenne parce qu'il fait des camps de la mort un des éléments de sa fiction. Des ouvrages comme ceux de Primo Levi sont indispensables, ils sont des témoignages, mais je ne vois pas pourquoi, à côté de ces grands témoignages, encore une fois nécessaires, ne pourraient pas exister des oeuvres de fiction, traitant de la Shoah avec leurs propres outils.

Le genre de roman qui me ferait dire que le monde est plein de beauté pour peu qu'un être humain s'y tienne droit.

Test : 8.5 nothombs sur l'échelle de Jacob

03.11.2005

Le Recherche du Temps Perdu

Dans la série "le gros livre qui fait rien qu'à faire peur", l'énorme roman de Marcel Proust occupe une place de choix. Je le dis d'autant plus volontiers que pendant longtemps je n'ai pas osé y mettre les pieds. On me parlait de monument, de phrases interminables, d'Everest de la littérature : autant d'affirmations qui donnent au commun des mortels, dont j'ai l'insigne honneur de faire partie, le sentiment que ce n'est pas pour eux.

Si j'y suis venu, c'est parce que j'ai eu la chance de rencontrer une personne dont la passion m'a fait comprendre que, peut-être, ce n'était pas aussi éloigné de moi que je l'imaginais. J'espère pouvoir convaincre les quelques insomniaques qui arrivent par hasard ici (salutations à vous) que ce roman est pour eux.

Oui, c'est long. Quatre volumes dans la Pléiade, sept en poche, épais et l'oeil mauvais. Mais à raison de dix pages par jour, mettons, on l'a lu en un an. Et mieux vaut lire dix pages de Proust que cent quelconques. Une miette par jour...

Y a pas d'action !

Discutable. C'est surprenant, mais on se prend attendre la suite. Il y a de l'action, pas celle d'un thriller ou d'un polar, mais celle de la vie elle-même.

C'est plein de description !

Et il paraît qu'il y a aussi trop de notes dans la musique de Mozart.

Enfin, cela n'est rien. L'essentiel, c'est que Proust a réussi à faire une biographie du lecteur. Ce livre finit par faire partie de notre vie, complètement, on se reconnaît, ou on reconnaît quelqu'un tour à tour dans les différents personnages, on croît croiser dans la rue Saint Loup. C'est un formidable résumé de l'humanité. (oui, résumé : pourrait-on la décrire plus succintement qu'il ne l'a fait ?)

La vie est merdique, mais quand elle est aussi bellement racontée, on se met à nouveau à croire en la dignité de notre condition.