15.11.2005

Ainsi parla Zarathoustra

De ce bon vieux Frédéric Nietzsche...

Oui, 'parla' et pas 'parlait'... La plupart des traductions de ce texte de Nietzsche (je pense entre autres à celle, particulièrement odieuse de Gallimard) se sont senties obligées de mettre des fioritures et des archaïsmes dans un texte qui, à l'origine, n'en comporte pas. Ce qui conduit, d'une part, à s'éloigner de l'esprit du texte, mais en plus, à vouloir faire archaïque, on n'obtient jamais que du pompeux, de l'illisible, voire du grotesque.

Maël Renouard a traduit ce texte aux éditions Rivages, sans forfanterie, sans volonté de faire autre chose qu'une traduction honnête, et il a produit un texte magnifique, vif, serein, enjoué, merveilleux.

 

"Homme, prête l'oreille !

Que dit le minuit profond ?

Je dormais, je dormais -

D'un rêve profond me voici réveillé :

Le monde est profond,

Et plus profond que le jour ne l'a cru.

Profonde est sa douleur,

Et sa joie - plus profonde encore que ce qui lui crève le coeur :

La douleur dit : Passe !

Mais toute joie veut l'éternité,

Veut la profonde, profonde éternité !"

 

Test : 9 nothombs sur l'échelle de Jacob

 

14.11.2005

Montaigne

Lire les Essais de Montaigne donne l'impression de lire la longue lettre qu'un ami vous aurait écrit. Montaigne a cette grâce de vous faire sentir qu'il vous aime bien, même s'il ne vous connaît pas.
 Les Essais peuvent se lire comme un manuel d'humanité. Montaigne parle de peinture de soi, et finit par décrire l'être humain décent et digne qu'il s'efforce d'être, et qu'il nous invite à être. C'est une morale sans sainteté, une philosophie sans vérité, sans dogme, simplement l'activité quotidienne de la vie ordinaire. C'est cette douceur qui fait toute la différence... Et c'est doublé par l'exceptionnelle ouverture d'esprit de Montaigne, très en avance sur les idées de son temps, tolérant, ouvert d'esprit. Un vrai régal, un bouquin à lire à petites doses gourmandes, pourquoi pas sur le siège des toilettes (je ne peux m'empêcher de penser que Montaigne n'aurait pas dénigré ce lieu de lecture).
 
On peut avoir peur de la barrière de la langue, mais au bout de quelques pages, pour peu qu'on le lise régulièrement, elle se fait vite oublier ; et certaines éditions proposent des adaptations en français moderne. Les deux meilleures, à mon sens, sont celles des PUF et d'aléa. L'édition des PUF est la plus érudite, probablement très pratique pour un travail de thèse ou si on veut découvrir Montaigne dans sa langue ; quant à celle d'aléa, elle est plus claire, plus lisible, et elle permet au lecteur de goûter la saveur du texte sans buter sur les mots.
 
"Je veux que la mort me trouve plantant mes choux, mais nonchalant d'elle, et plus encore de mon jardin imparfait." 

12.11.2005

Hérodote

Cette fois-ci, le nomde l'auteur plutôt que le titre. Je ne suis pas sûr qu'intituler cette note L'Histoire ou L'Enquête vous eût éclairés, chers insomniaques.

Hérodote, père de l'Histoire, paraît-il. Un des premiers, en tout cas, à chercher dans le passé les causes des événements, les causes en particulier de la Guerre contre le Mède. Et qui, voyageant en Grèce, en Egypte, en Italie où il finira sa vie, collecte les histoires, les légendes de ces peuples. Il est celui grâce auquel l'Egypte des pharaons n'est pas qu'une affaire d'archéologues, mais de rêveurs.

On accuse souvent Hérodote de manquer de rigueur. Parce qu'il laisse sa place à l'action divine. Un messager croise Pan, Arès semble participer à certaine bataille, on voit la main d'Athéna protégeant sa ville contre l'armée ennemie. Alors oui, à nos yeux de rationalistes, Hérodote manque de rigueur. Mais ce manque nous fait gagner de voir le monde tel qu'il était vu à l'époque, un monde qui n'était pas encore clos. Un mine d'histoires, du genre de celles qui nous font regretter de n'avoir pas quelqu'un à qui les raconter.