02.11.2005
Da Vinci Code
Une bibliothèque contient toujours des fautes de goût ; et s'il est possible de concevoir une bibliothèque idéale, elle doit en tenir compte. On se crée autant, et parfois mieux, à partir des livres que l'on exècre vigoureusement plutôt qu'à partir de ceux que l'on aime.
Dans mes exécrations récentes, Da Vinci Code occupe une place de choix. Ce n'est pas (pas seulement, en tout cas) le rejet de l'intello face au succès. C'est le rejet de celui qui tente de se bâtir une érudition face à une forfaiture. Explication.
Da Vinci Code est-il un livre prenant ? Oui. Il m'a énervé, j'ai râlé à certaines pages, j'ai manqué (chose rare) de le lancer contre un mur, mais je l'ai lu en deux jours, le hameçon planté dans la gueule. S'il n'avait que cette prétention-là, je n'y verrais aucun problème.
Mais ce roman prétend, en plus d'un délassement bienvenu, fournir certaines vérités sur Léonard de Vinci, sur un prétendu Prieuré de Sion. Va chercher du côté d'Umberto Eco et du Pendule de Foucault. Et c'est là que les ennuis commencent.
Exemple (promis, je ne dévoile rien de l'intrigue) : au début du roman, nos deux héros sont coincés dans le Louvre. La belle héroïne négocie leur sortie avec un argument de poids : elle agrippe un tableau du bon Léonard (la présentation de Jésus à Jean-Baptiste) et menace , son genou aidant, de le déchirer. Le pauvre gardien, effrayé à l'idée de la perte irréparable que cela représenterai pour l'humanité, laisse nos deux héros filer.
Le problème, c'est que Léonard de Vinci, comme d'ailleurs tous les peintres de son époque, peignait sur bois. Le simple fait de décrocher le tableau représente déjà une prouesse physique. Quant au fait d'y enfoncer le genou, c'est plus dangeureux pour les rotules que pour le patrimoine de l'humanité.
L'autre problème, c'est le Graal. Mais là, je crains d'en dire trop. Simplement ceci : le Graal symbolise la quête. En cherchant à dire précisément ce que c'est, Dan Brown lui ôte tout pouvoir.
Et en plus, c'est même pas bien, écrit ! C'est efficace, point. Le côté accrocheur de l'intrigue vient d'un truc éculé que Dan Brown épuise tout au long du roman. Prenez trois ou quatre histoires parallèles. Pas plus, pour ne pas perdre le lecteur. Traitez chacune de ces histoires avec un chapitre court, terminez-le sur une petite énigme, passez à l'autre ligne de narration, etc. Toutes les trois pages, vous offrez à votre lecteur un cliffhanger à peu de frais. Mais un toutes les trois pages, c'est franchement usant. Les intuitions fulgurantes du héros, elles, tombent systématiquement à plat. L'intrigue ne repose que sur elles, il en a cinq ou six toutes plus incroyables les unes que les autres, on finit par ne plus accepter d'y croire.
La vie est merdique, alors si en plus les bouquins s'y mettent, c'est à désespérer de tout.
17:30 Publié dans Grincements de bec | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

