18.10.2006
Y a-t-il un sens à l'histoire ?
La question est battue et rebattue dans les cours de philo. Je sais, je la bats et la rebats chaque année avec mes élèves (et hop, une info de plus sur le hibou !). La question n’en reste pas moins capitale. Car si l’Histoire a un sens, on peut en tirer un enseignement, il y a un espoir pour que l’humanité ne reproduise pas sans cesse les mêmes erreurs. En effet si elle a un sens, cela signifie aussi qu’elle n’est pas simplement une succession d’événements chaotiques, mais que ces événements obéissent à un ordre, à des règles. Et qu’en mettant à jour ces lois supposées, en repérant quelle succession d’incidents amène à une catastrophe, on puisse éviter à l’avenir les catastrophes similaires.
Si elle n’est, pour reprendre le mot de Shakespeare, qu’ « un récit, raconté par un idiot, plein de bruit et de fureur, et auquel on ne comprend rien », cet espoir n’est pas permis. Les hommes s’entretuent, se manipulent, cherchent le pouvoir, point barre. Pas de progrès à espérer : si du chaos émerge un peu de justice, ce n’est jamais qu’accidentel.
Pour tout dire, qu’après 6000 ans d’Histoire écrite et de réflexion, l’homme en soit arrivé à Auschwitz et à Hiroshima ne va pas en faveur de la thèse d’un sens de l’Histoire. Selon des philosophes comme Kant et Hegel, les enfants de l’Histoire sont la Justice et la Liberté : l’homme prend de dures leçons mais en tire les conséquences nécessaires. Raté. Justice et Liberté sont devenues un génocide et la possession d’une arme qui donne à l’humanité ce luxe prodigieux de pouvoir être la première espèce capable de s’auto détruire.
La grande classe.
On pourrait alors jeter tous les livres d’Histoire au feu, se moquer des historiens sur la place publique et se contenter des bribes de justices qui nous sont accordées avant que les choses n’empirent à nouveau.
Si ce n’est que si l’Histoire n’était que ce récit plein de bruit et de fureur, raconté par un idiot et fait par des imbéciles, les choses seraient beaucoup trop simples.
Le rapport avec les échecs et les bouquins ? On y vient :)
19:45 Publié dans Soyons tartes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Seul le philosophe cherche le sens, l'historien "stricto sensu" - et non l'écrivain d'histoire(s) - se contente de rechercher le savoir. Car ressentir la nécessité d'acquérir un savoir sans utilité concrète, ni même abstraite, n'est-ce pas ce qui sépare définitivement l'homme de l'animal ?
Petite jouissance que l'historien, n'étant pas philosophe, n'a le plus souvent même pas conscience d'éprouver...
Ecrit par : Milathea | 13.11.2006
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