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07.12.2005

Dune

La semaine dernière, au ‘jeu des mille euros’, sur France Inter, les deux candidats étaient en train de battre des records de promptitude dans les réponses aux questions. Rien qu’à les écouter répondre vite et juste à des questions pour moi parfaitement absconses, je me sentais devenir très con. Autant dire que j’ai crains le pire au moment du super banco. Le super banco, pour ceux qui ne connaîtraient pas, c’est le moment ultime du jeu, son acmè, avec des questions super pointues, que toi au Trivial Pursuit quand tu es fair play tu poses pas parce que personne ne connaît la réponse. Donc, dégoûté d’avance, j’attends que ces deux zouaves démontrent à la France entière que sous le vernis de l’érudition se cache un ignare pédant, quand l’animateur pose la question :

‘Qui est l’auteur du roman de science-fiction Dune ? Ce roman a été adapté au cinéma par David Lynch…’

Je ne sais pas pour vous, mais pour une fois que je pouvais répondre à une question super banco, ça m’a  fait quelque chose. Me voilà faisant des sauts de puces dans ma cuisine, en criant : ‘Franck Herbert ! Franck Herbert !’

Et le mieux, c’est qu’ils ne connaissaient pas la réponse ! Enfin, le mieux, je suis désolé pour eux, mais ça m’a fait un bien fou…

Donc, pour remercier Franck Herbert de m’avoir donné ce plaisir rare, je le fais rentrer dans ma bibliothèque idéale.

 

Bon, ce n’est pas complètement injustifié : c’est un classique de la SF. Tous les classiques ne sont pas de grands romans, tous les grands romans ne sont pas des classiques, et m’est avis qu’une bibliothèque idéale doit contenir des deux. Dune n’est pas un grand roman, on peut en trouver une foultitude d’autres qui seront mieux écrits, dont l’histoire sera infiniment plus intéressante, mais voilà, on passe un bon moment. Sans compter que c’est le roman à l’origine du genre planet opera (ce genre de SF qui s’intéresse dans lequel une planète, avec son écologie et tout ce qui va avec , tiens le rôle principal). Ici, le personnage principal, c’est Arrakis, la planète des sables, qui, blabla, est la seule à produire l’épice, etc.

Bon, je vous l’accorde, quand on lit un roman on se tamponne de sa fortune historique.

 

Une dernière chose : ne vous faites pas une idée du roman à partir de Lynch. C’est de loin son plus mauvais film. Et ça n’a pas grand’chose à voir avec ce qu’a écrit Herbert : s’il fallait en donner une idée rapide, ce roman serait le fils caché des amours de Star Wars et des Rois Maudits.

 

Test : 6 nothombs sur l’échelle de Jacob.

06.12.2005

Hommage au parapluie

‘Vous êtes latiniste ?’

‘Pas vraiment… disons que je suis fasciné par tout ce qui touche la Rome antique…’

‘Et du manière générale par tout ce qui a l’arôme antique.’

‘Rassurez-vous : vous êtes la romantique que je préfère entre toutes.’

 

 

Hommage piteux, hein, on fait avec les neurones qu’on a…

 

05.12.2005

Joies de l'informatique, bis

"Error : an unknown file was not found"

Quand je vous disais que mon ordinateur était en pleine crise mystique...

04.12.2005

Et soudain, un dimanche...

Alors ? Qu’est-ce que je vis vous raconter comme bêtise aujourd’hui ? Deux livres commentés par semaine, ça me semble suffisant… Je vais pas commencer un journal intime et vous raconter ce qui se passe dans mon clocher avec en sus mes divers états d’âme, autant se limiter à ces moments révélateurs ou tartes… Pas de leçons sur la vie à donner et je ne vais pas vous bassiner avec le projet pompeux d’une éthique du pérégrin qui, de toute façon, n’est pour l’instant qu’un château branlant. Alors quoi ?

Alors, rien.

03.12.2005

Où est la lumière ?

A l’époque de cette anecdote, j’étais plus jeune que je ne le suis aujourd’hui. Ce qui explique probablement qu’à ladite époque j’aimasse le ‘dark medieval’ – saperlipopette, je ne suis même plus sûr de l’appellation. En fait, c’était surtout très adéquat pour sonoriser les soirées de jeu de rôle : lumières tamisées, Dead can dance, un peu de bonne volonté, et hop ! L’histoire commence.

Toujours est-il qu’un ami m’avait fait découvrir The Moon lay hidden beneath a cloud, et que j’avais bien aimé. Fort de ce goût tout neuf, je me rendis chez le disquaire de la ville (à l’époque, nous n’avions pas encore la FNAC, nous avons depuis fait des progrès dans les fournisseurs incompétents : les vendeurs de la FNAC sont tout autant incapables de répondre à une requête un tant soit peu originale, mais on leur a appris à le faire avec le sourire).

Le Dark Medieval musical étant souvent écouté par des métalleux (ce que je ne suis certainement pas) et des goths (d’aucuns affirment que je le suis ; le fait que je préfère Bach à Bauhaus ne compte manifestement pas), c’est vers ce rayon que je dirige mes pas encore enthousiastes. Le vendeur est un métalleux, avec une tête de métalleux. Le genre soigné : autant les bassistes des groupes de métal sont les plus malpropres, les batteurs les plus, disons, bruts, les guitaristes les plus philosophes, autant les chanteurs sont les plus soignés. Inutile de tenter de séduire une fille un tant soit peu greluche si un chanteur de métal est dans la même pièce.

C’est un bellâtre, certes, mais au moins, pansai-je, il va pouvoir m’informer.

‘Bonjour, je cherche un album d’un groupe, ‘The Moon lay hidden beneath a cloud’’

‘Hein ?’

Reprise da capo.

‘Ha, heu, connais pas. C’est quel genre ?’

‘Ben c’est un peu, disons, un peu comme ‘Dead can Dance’’

‘Hein ?’

Chaque individu connaît au moins une fois dans sa vie un de ces grands moments de solitude métaphysique au cours desquels le monde tel que nous le connaissions vacille sur ses bases, nous obligeant dans l’urgence à bâtir une nouvelle vision des choses. Hé bien, c’est très précisément à ce moment-là que je me suis demandé si ce type n’était pas un peu crétin. Il allait me falloir le courage d’user du terme honni :

‘C’est du Dark Medieval’ (oui, tout compte fait je suis à peu près certain que c’est comme ça que ça s’appelle)

‘Aaaaaaah, bah d’accord, fallait le dire plus tôt.’

Recherche sur l’ordinateur pour me commander le cédé. L’ordinateur affirme qu’un groupe qui s’appelle The Moon lay hidden beneath a cloud [NdR : je tiens ici à remercier publiquement l’outil copier/coller, sans qui, etc]. Je commence à me demander si je ne suis pas passé dans la quatrième dimension, ou dans une faille spatio temporelle conduisant à un univers parallèle peuplé de béotiens métalleux.

‘Bon, bah, on va pas pouvoir l’avoir, mais si t’aimes bien le genre et que t’es un peu curieux, je peux te proposer autre chose.’

Je coche oui aux deux cases susmentionnées, il sort un album, me propose aimablement de l’écouter, j’accepte. Je me retrouve devant leur lecteur de cédés, un casque antédiluvien juché sur la tête et agrippé à mes oreilles. ‘Je te préviens, le son est un peu pourri, ici’. Ce n’est rien de le dire. J’ai l’impression d’écouter la retransmission de la messe sur Radio Londres, je perçois de loin en loin une voix féminine, quelques nappes d’orgues, énormément de parasites. Ca a l’air médiéval. Et comme je suis venu pour acheter un album, nom de nom, je le prends avec moi.

Et une fois dans mon salon, une fois que je peux écouter cet album dans des conditions de décences minimales, je commence par rire, je suis consterné un peu après, je rigole encore un peu, finalement ça m’énerve et j’arrête le massacre. Il y a une voix féminine, c’est certain. Mais ce que j’avais pris, loin derrière les parasites, pour des nappes d’orgue, s’avèrent être de solides tartines de Bontempi. Le pire dans l’histoire, c’est que le bontempiste, non seulement tente de me faire peur avec ses bips et ses blips, mais semble convaincu qu’il y arrive.

Le groupe s’appelle The Elend. L’album, Les ténèbres du dehors. Et croyez moi, il n’y a pas non plus de lumière dedans.

02.12.2005

L'Homme de Cour

Pour continuer dans la série des petits manuels politiques, voici L’Homme de Cour, de Baltasar Gracian, un jésuite qui a eu quelques problèmes avec son ordre ; La lecture de son œuvre fait comprendre pourquoi…
 
L’homme de cour, c’est un manuel de survie à l’usage de courtisan. Attention, pas un manuel à l’usage du courtisan version film en costume, le courtisan tel qu’il est dépeint dans le film « Ridicule » : à l’époque de Gracian, le courtisan c’est l’homme qui travaille à la cour, dans une arène politique d’autant plus vicelarde que les belligérants y sont médiocres. Comment y faire sa place, comment monter, comment surtout ne pas descendre, résister aux coups de poignards amicaux, aux mauvaises langues, se faire une réputation et veiller à ce qu’elle soit à l’abri des flétrissures… en ayant toujours en tête la vertu, ce qui fait la grosse différence avec le Prince de Machiavel, pour qui la vertu est un accessoire politique dont on peut toujours, au besoin, se passer.
 
Ce qui frappe, chez Gracian, c’est que son éthique est celle d’un solitaire : il s’agit de se mettre à l’abri de la médiocrité du monde. Et pour ceux qui protestent en disant que non, le monde n’est pas médiocre, etc, voici un exemple bien neuneu :
 
Le maillon faible !
Si vous avez déjà regardé cette émission, vous aurez pu constater que ce n’est jamais le meilleur qui gagne. Inévitablement, ce sont deux médiocres qui s’affrontent. Le jeu fonctionne en gros sur ce principe : d’abord une sélection darwinienne (les faibles et les malades disparaissent), et ensuite on élimine les meilleurs. Logique : certes, leur présence permet de gagner plus d’argent, puisqu’ils répondent bien, mais bon, se retrouver en phase finale face à eux, c’est quand même risqué. Mieux vaut avoir en face de soi un adversaire bien médiocre comme soi.
 
Comme dans la vie, en fait. 

01.12.2005

Gloire à Sun Tzu !

Ah, L’Art de la Guerre par Sun Tzu… dans le série des petits manuels indispensables, celui-ci se pose là. Pour être parfaitement honnête, il est parfois terriblement obscur. Tout comme certains passages sont d’une limpidité cristalline. Il ne se prête pas à une lecture en pointillés, ou une lecture passe-temps, pendant un trajet en bus par exemple (tiens, comment aurait réagi la gourdasse du bus si j’avais eu entre les mains Sun Tzu plutôt qu’Henri Rollin ? Probablement de la même manière, je suppose… la teneur du sermon était indépendante de la teneur du livre ; passons). C’est plutôt le genre de livre qui réclame des prises de notes et de tête. A condition de vouloir en tirer quelque chose.

Pour rendre les choses un tant soit peut claires et donner quelques propositions d’interprétation de ce manuel : Les joueurs d’échecs débutants ont souvent un jeu basé sur le matériel ; ils envoient leurs pions au casse-pipe (c’est vrai, c’est nul un pion) et se morfondent dès qu’ils perdent une pièce à laquelle ils tiennent. Et puis, certains maîtres (parmi eux Nimzovitsch) que l’important n’était pas tant les pièces que l’on avait que l’endroit où elles étaient, qu’il n’était pas essentiel d’occuper une case importante avec une pièce si l’on pouvait menacer l’occupant de cette case. Sun Tzu, aux échecs, aurait été un de ces joueurs positionnels, pour lesquels l’essentiel n’est pas d’occuper le terrain, mais d’empêcher l’adversaire de l’occuper ; un stratège qui se fie moins à la bataille décisive qu’aux déplacements des troupes et à la connaissance du terrain. L’inventeur, pourrait-on dire, de la guérilla.

Ce qui rend cet auteur important aujourd’hui, c’est qu’il est à la mode dans le dernier des milieux où j’aurais pensé le trouver, à savoir dans l’économie. Oui, Sun Tzu est étudié dans certaines écoles de commerce. Ce qui est amusant, c’est qu’on peut aussi le lire dans un esprit de nuisance saine et néanmoins ludique envers les divers aspect déplaisants de ce monde.  

Test : je refuse de faire rentrer Sun Tzu dans l'accélérateur à particules élémentaires. J'attends d'en savoir plus ; il est hors de question que je tente une expérience dangeureuse simplement pour le plaisir

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