25.11.2005
Le Prince
De Machiavel, évidemment…
Une petite histoire : César Borgia vient de conquérir une nouvelle province. Evidemment, elle est en pleine sédition contre le nouveau dirigeant, vérolée par le brigandage, etc. Et pour gouverner ladite province, César fait appel à un de ses capitaines, Rémy d’Orques. Comme son nom l’indique, Rémy est un militaire bon teint, du genre à préférer l’efficacité à l’intelligence. Et César lui dit :
‘Vas-y mon loupiot, mate-moi ce peuple à la nuque roide, t’as carte blanche !’
Et Rémy, tout content, de mater ledit peuple avec les méthodes expéditives qui font la gloire de l’armée : procès expéditifs, pendaisons. Dans le doute, pendez-le, on ne sait jamais. En quelques mois, Rémy s’est taillé une solide réputation d’être sensible, délicat et sanguinaire. Et César se fend d’une petite visite incognito, demande au bon peuple comment les choses se passent, et reçois inévitablement quelques doléances. Et de faire sa pucelle effarouchée : ‘Quoi ? Comment ? Bon, rassurez-vous, on va régler ça.’
Rémy d’Orques est jugé, rapidement, et exécuté en place publique, de façon spectaculaire, histoire de marquer le coup et de dire que non, ça ne se passera pas comme ça. César peut maintenant mettre à la tête de cette province son jeune poulain, dressé et préparé à cette tâche, capable de faire un gouverneur compétent et qui passera pour un ange de justice après le passage de l’infortuné Rémy. N’oublions pas de mentionner que César lui-même voit sa cote de popularité monter en flèche auprès du peuple : n’a-t-il pas su faire preuve de justice, allant jusqu’à faire exécuter un de ses fidèles lieutenants ?
Bilan : nous avions au départ un conquérant mal aimé, un gouverneur sanguinaire, une province rebelle. A la fin, nous avons un conquérant admiré, un gouverneur compétent et une province pacifiée. Jackpot !
Et Le Prince regorge de tels exemples. Ce livre, Machiavel ne l’a pas écrit par conviction (c’était un démocrate fervent), mais tout simplement pour demander sa protection à Laurent de Médicis. Il présente son opuscule comme un manuel de bon gouvernement politique, axé sur l’efficacité et pas sur les bonnes intentions.
Machiavel n’a pas reçu la protection de Laurent de Médicis. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la vie est merdique.
Test : 8 nothombs sur l’échelle de Jacob
13:47 Publié dans Tiens, voilà du bouquin ! | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


Commentaires
Je vous conseille la lecture du "Bréviaire pour politiciens" de cet excellent cardinal de Mazzarin, deuxième membre du Triumvera des Grands Ecrocs de la France (le premier étant Richelieu et le troisième Talleyrand).
Ecrit par : Korrigan | 25.11.2005
Je confirme : ce bréviaire est injustement méconnu, et il fait partie de ces oeuvres qui aident à avoir foi en l'humanité dans les moments de doute...
Ecrit par : Le Hibou | 25.11.2005
Les commentaires sont fermés.