26.10.2005
La forge des âmes
Nous sommes assis l'un en face de l'autre, en train de prendre la café. Deux amis qui causent. Mon fils fait parler ses peluches entre elles, fait courir ses voitures à la vitesse ahurissante de l'imagination, vient me montrer ses trouvailles. Il a deux ans et bientôt, ce sera l'école. Et le paternel angoissé que je suis de s'inquitéter. Mon fils est un doux, et l'école n'est pas un lieu de douceur, pas toujours. Je crains qu'il ne s'en prenne plein la poire. Et mon ami de dire :
"Ca lui forgera le caractère."
Tout le monde utilise cette expression, et je l'entends réellement pour la première fois.
Prendre mon fils, le plonger dans les braises, frapper dessus à grands coups de marteau, le plonger dans l'eau pour qu'il acquière les qualités de dureté et de tranchant qui font un bon outil. Recommencer, pour son bien. Et si je fais montre de trop de sensiblerie, confier cette nécessaire tâche à un autre qui la fera mieux que moi.
Glaçant. Je ne sache pas que les qualités d'un bon outil soient celles d'un être humain digne. Ou bien je me trompe sur ce qu'est l'humanité. Et je ne sache pas que la douleur fasse grandir en quoi que ce soit. Le christiannisme nous a enseigné le contraire pendant très longtemps, et je n'ai pas l'impression que cela ait fondamentalement servi l'humanité. Il me semble que l'on se construit mieux dans le bonheur que dans la souffrance. En tout cas, les êtres en souffrance que j'ai l'occasion de rencontrer ne me semblent pas dignes parce qu'ils souffraient, mais par la capacité qu'ils avaient à mettre de côté leur souffrance pour tenter de construire autre chose à côté.
La vie est merdique, certes. Ce n'est pas une raison pour patauger dedans.
17:45 Publié dans Petit manuel de vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
25.10.2005
American Gods
Un roman de Neil Gaiman, et un pur chef d'oeuvre. Neil Gaiman est un habitué de la très belle ouvrage : Sandman, "son" comic, est un petit bijou. Après un petit moment d'acclimatation aux dessins, très loins des standards du genre, on peut se laisser emporter par l'univers.
Dans American Gods, il y a des dieux, une guerre, une morte, une pièce d'or, un très vieil arbre, un lac gelé, entre autres choses. C'est incroyablement difficile de parler d'un livre qu'on a aimé non parce qu'il nous a appris quelque chose (comme par exemple pour The Pursuit of the millenium), mais simplement parce qu'il nous a touché. Même pas simplement touché : cela faisait très longtemps que je n'avais pas lu de livre qui me donnât le sentiment qu'entre le début et la fin de la lecture il s'était passé quelque chose de suffisament important pour me changer. Et voilà : American Gods fait partie de ces livres qui vous font changer.
L'histoire ? Aucune importance. Le genre, c'est du fantastique si on y tient, mais je ne suis pas sûr que cette catégorie soit pertinente ici. C'est juste très bien.
Test : 10 nothombs sur l'échelle de Jacob
18:10 Publié dans Tiens, voilà du bouquin ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.10.2005
Les Fanatiques de l'Apocalypse
Par quoi commencer ? Après maint hésitations, j'ai finalement opté pour The Pursuit of the Millenium, de Norman Cohn. Il a été traduit en français sous le titre Les Fanatiques de l'Apocalypse, mais la traduction est malheureusement épuisée et manifestement, l'éditeur n'a pas en vue de le réimprimer. Avec un peu de chance, on devrait pouvoir le trouver sur alapage ou sur amazon. Bref.
C'est extrêmement bateau de dire que l'on ne comprend le présent que si l'on comprend le passé, tellement bateau et archi-répété qu'on perd parfois de vue à quel point c'est vrai. Et puisqu'il semble que nous soyons cernés par les fanatismes de tout poil, placer cet essai sur les hérésies au Moyen Âge en tête de cette bibliothèque idéale relève presque de l'évidence. Qu'on le veuille ou non, notre société est confite dans la religion. Nos traditions, notre langage, nos fêtes, nos moeurs, que l'on y voie un bien ou un mal, force est d'admettre qu'elle est partout. Qu'on soit croyant, athée, vaguement agnostique : qui veut comprendre le monde doit comprendre la religion. Donc comprendre son Histoire.
C'est d'autant plus difficile que les religions n'aiment pas l'Histoire. Admettre l'historicité des religions, c'est admettre que la vérité n'est pas affaire de révélation, mais qu'elle dépend d'un contexte historique. Le catholicisme, par exemple, n'est pas sorti tout fait à la mort de Yeshua, mais s'est lentement constitué au fil des persécutions subies ou commises pour devenir l'instrument de pouvoir spirituel et temporel que nous connaissons.
Pour en venir aux hérésies : s'il y a hérésie, c'est qu'il y a orthodoxie. Nous avons donc d'un côté l'Eglise établie qui affirme, suivant les époques, que la Vérité est telle ou telle, et qui veille à ce que se maintienne cette unicité de la Vérité. Et en face, les hérésies, taillant leur propre interprétation de la Bible, plus ou moins foutraques, tour à tour tolérées ou réprimées.
A qui s'adressent les hérésies ? A ceux qui vivent en marge de la société et qui n'y trouvent pas leur place. Au Moyen Âge, c'étaient les manouvriers, des paysans, des serfs ayant quitté leur terre dans l'espoir de trouver dans les villes la liberté et la propriété. Quittant un lieu misérable, mais où la force des liens sociaux rendaient cette misère supportable, pour une nouvelle misère, mais cette fois-ci sans ce lien social, sans capacité d'être écoutés, sans pouvoir réclamer quoi que ce soit. C'est à ce public que les hérésiarques s'adressaient ; et Norman Cohn relève que le fond du message est toujours le même : débarassons-nous des nantis, des prêtres et des juifs, et nous aurons accès au Paradis, ici et maintenant. Un monde sans richesses et sans propriétés.
Voilà pourquoi ce livre est important. Manifestement, le monde n'a pas tellement changé. Notre société génère toujours l'exclusion, prive des pans entiers de sa population de la possibilité de revendiquer et d'obtenir une vie meilleure, décente. Et il se trouve toujours des hurleurs pour aller vers cette humanité oubliée, avec le même message : débarassons-nous de ceux qui ont le pouvoir, la connaissance, de l'Autre qui nous fait peur, et la vie sera parfaite.
Je me méfie de ceux qui possèdent la Vérité, les Solutions pour un Monde Meilleur ou les Clefs du Bonheur. La vie est merdique, mais elle mérite quand même mieux.
Test : trop lourd ! Il a fait fondre mon accélérateur à particules élémentaires, mon échelle de Jacob s'est dévissée et tous les nothombs sont allés manger des fruits pourris. Même la couverture ne passe pas à l'insertion (trop lourd !). Enfin, c'est un ouvrage extrêmement intéressant sur un sujet laissé de côté, et en plus, c'est bien écrit. Mettez-vous à l'anglais, ou bottez le trains aux éditeurs.
[edit : merci à Ben d'avoir allégé l'image. Toi grand sorcier, frérot !]
17:45 Publié dans Tiens, voilà du bouquin ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.10.2005
Alors, on blogue ?
Et pourquoi, d'abord ?
Je lis, en moyenne, un livre par semaine. ce n'est pas une gloire, c'est de la dépendance. Je suis un bouquaïnomane. Et comme cela fait quelques années que ça dure, mon appartement est une bibliothèque. Cela fait quelques temps que je veux me mettre à jour de ce que cette foutue chose m'a apporté. Si elle m'a apporté quelque chose. Et le blog me semble un bon moyen de le faire. Une note pour parler d'un livre, et petit à petit se constituer une bibliothèque idéale.
On verra bien.
18:00 Publié dans Petit manuel de vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

